Ils ont dit...

You provide the pictures, I'll provide the war.
— Avec la crise, nous sommes soumis à une forte pression des actionnaires.

— Rien que de très normal, non ?

— Oh, on a pris l’habitude... Non, le problème, c’est que les ventes ont chuté, la production de même, et l’action s’est considérablement dévalorisée.

— Tout à fait entre nous, je ne vois pas le problème. Je vends des machines à laver à perte depuis des années et ma boîte ne s’en porte pas plus mal.

— Comment donc faites-vous un tel miracle ?

— Je suis moderne, mon ami ! La vente, c’est le parent pauvre, aujourd’hui, les marges sont ridiculement petites, à peine de quoi s’offrir un séjour à Monaco. Le truc, c’est de vendre du vent, il y a toujours des idiots pour l’acheter.

— Vous vous reconvertissez dans l’énergie éolienne ?

— Sûrement pas, c’est beaucoup trop cher et le marché est distordu. Non, je vends du produit dérivé, ça ne me coûte rien, ça ne sert strictement à rien, mais qu’est-ce que c’est rentable !

— Du produit dérivé... sur des machines à laver ?

— Bien sûr ! Ça me permet de maintenir une politique de prix bas qui attire la clientèle, avec une marge faible qui justifie une compression de la masse salariale, tout en incitant les vendeurs à fourguer aux clients des assurances complémentaires totalement inutiles, à la prime très largement surévaluée, qui gonflent artificiellement le chiffre d’affaires et valorisent l’action loin au-dessus de ce qu’elle devrait être en ne tenant compte que des ventes de matériel. Du vent, vous dis-je.

— Et les clients achètent ?

— Les vendeurs vendent. Je leur accorde un intéressement sur les ventes de produits d’assurance bidon. Ils vous vendraient des ordures si je leur faisais miroiter une prime de salaire variable.

— Joli ! Et ça marche ?

— Et comment! Les actionnaires s’en réjouissent.

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Produit par MisterPi le Mercredi 26 mai 2010 à 20:56

— Bien le bonjour, estimé collègue ! Comment vous portez-vous ?

— Fort mal, hélas. Mes angoisses me reprennent ; l’insécurité ambiante...

— L’insécurité ? Mais que met-on donc sous ce curieux terme ?

— Vous le savez bien : la délinquance, les Arabes qui brûlent des voitures, la drogue...

— Comment ? N’est-ce pas plutôt une liste de délits que vous établissez là ?

— Si, sans doute. Mais puisque je vous vois si prompt à me contredire, ayez la bonté de me dire ce que serait l’insécurité.

— Je ne puis la définir si abruptement ! Commençons, voulez-vous, par ce qu’est la sécurité : cela me paraît être la première chose à faire.

— Soit, engagez-vous dans cette voie, et voyons ce qu’elle vaut.

— La Sécurité, nous dit Spinoza1, est une Joie née de l’idée d’une chose future ou passée au sujet de laquelle il n’y a plus de cause de doute.

— Quelque chose dont on est sûr, en somme ?

— Exactement. Pour le cas qui nous intéresse, ça se traduit par une affirmation et une négation : je suis en sécurité lorsque je suis sûr que je ne vais pas me faire agresser.

— Permettez que je continue : je crois voir où va votre esprit. D’après ce que l’on a dit, l’insécurité serait l’absence de sécurité, n’est-ce pas ? Cela signifie-t-il une double négation ou une double affirmation ?

— Eh bien, la double affirmation serait : je suis sûr que je vais me faire agresser, me semble-t-il. Et la double négation : je ne suis pas sûr que je ne vais pas me faire agresser. Convenez-vous que ces deux propositions divergent absolument ?

— Oui. Mais alors, laquelle des deux définit le mieux l’insécurité ? Il me semble que c’est plutôt la deuxième, car elle s’oppose à la définition de la sécurité en rejetant ce qu’elle affirmait en premier lieu.

— Cela n’est-il pas un sentiment ?

— Si. Mais il me semble qu’il traduit une réalité : tout votre jeu ne menait-il pas à nier la réalité ?

— Nier la réalité ? Loin de moi l’idée ! Mais ne pensez-vous pas que l’exploitation que les Archontes et les Stratèges font de ce terme est abusive ? L’insécurité n’est pas une réalité : elle est un sentiment qui traduit une réalité. Reste à savoir dans quelle mesure cette traduction est fidèle.

— Voudrez-vous discuter ce point une fois prochaine ? Je n’ai plus guère de temps devant moi, mais je serais ravi de reprendre la discussion.

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1 : Spinoza, Éthique III, Définition XIV

Produit par MisterPi le Jeudi 24 décembre 2009 à 14:54

— Tu crois qu'il va bien ?

— Je ne sais pas. Statistiquement, il a une chance de survie ?

— Voyons... On trouve bien des exemples de personnes qui ont survécu à une chute de onze étages.

— Sur du béton ?

— Ça change tout. Il faut tenir compte de ce point dans le calcul de la probabilité qu'il ait survécu.

— Non, je veux dire...

— Ça donne quelque chose comme 0,0097% en faveur de sa survie. Il faut ramener aux chiffres des chutes du onzième étage ces dernières années...

— Pourquoi est-ce que j'ai du mal à y croire ?

— Ne désespère pas. Tous ceux qui ont fait une chute de onze étages ces dernières années en sont morts.

— Lui aussi, j'imagine.

— Non ! Statistiquement, il est censé représenter les 0.0097% de chances de survie.

— J'ai du mal à suivre.

— Écoute. Si quelqu'un avait survécu récemment à une telle chute, on aurait eu tout lieu de désespérer, car il aurait représenté les 0.0097% de chances de survie, et Pierre serait statistiquement mort.

— Tout porte à croire qu'il l'est vraiment.

— Soit il est vivant, soit j'ai omis une donnée dans mon calcul de probabilité.

http://www.therefugeonline.org/images/vertigo_pic.jpg

Produit par MisterPi le Vendredi 20 novembre 2009 à 0:50

— Chérie, j'espère que tu as un amant.

— Hmm, pourquoi ça ?

— J'ai bien peur de ne pas pouvoir te satisfaire sexuellement.

— Ça fait un moment que je m'en suis rendue compte.

— Non, je veux dire... Après mon accident, les docteurs ont dû me faire une ablation du pénis, donc...

— Franchement, je vois pas la différence que ça peut faire.

http://img238.imageshack.us/img238/1535/castration.jpg

Produit par MisterPi le Vendredi 9 octobre 2009 à 20:16

— Superbe demeure, exposition sud-est, grand terrain arboré, cinq chambres, deux salles de bains...

— S'ils veulent dire « château », qu'ils disent « château ». De toute façon, ça va encore être trop cher.

— Même pas. Ils annoncent 152 400€.

— Tu rigoles ? Ça doit être une coquille.

— J'appelle l'agence.

— Alors ?

— Non, c'est bien ça, 152 400€.

— Il doit y avoir une arnaque.

— Même pas, ça a été restauré y a pas longtemps, pas de travaux à prévoir...

— Pas croyable.

— Attends, y a des petits caractères... Passe-moi la loupe. « C'est ici que le célèbre dramaturge John DeRoot mit en scène, de façon excessivement réaliste, sa pièce la plus connue :  Preuve mathématique que le meurtre de votre fille aînée est un bienfait pour l'humanité ». Je comprends pourquoi ils vendent à si bon prix, maintenant.

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Produit par MisterPi le Jeudi 1er octobre 2009 à 18:48

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